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La sacoche du ciel
Le ciel a un sac où il entre à l'envi de la salive, du pain mordu, mâchements, déglutitions, clignements cent sacoches de bâillements, de ronflements, des flux de silence, des paroles, susurrements, chuchotements, puis un clin d'œil vers les pontons de glace et la mer ouverte où le sillage d'une barque à moteur sépare une vague de l'autre, et un harle solitaire fore sa voie jusqu' à la vase du fond, la fumée monte de la cheminée de la centrale électrique, et ceux-là aussi tiennent dans la sacoche du jour, les clochers et les conteneurs, le chatouillis caché dans le cou et sous les bras d'un enfant, le crissement du sable, le tintement du four à micro-ondes, tics de cuillers, tocs de tasses, de tromperies, le coup d'œil au plafond dont le plâtre s'effrite, prendre contre soi et ramper, envoyer des messages, et les lire, tout tient dans le sac du jour , il en tiendrait tant plus encore…
Mais le temps est une souris et il grignote, il sort de son trou le soir et noue la ficelle qui ferme la sacoche, il la descend dans l'escalier jusqu'à la cave comme si elle était chargée de fromage et de gruau d'avoine, de gâteaux aux dattes, et de pâtisseries fondantes, la hâte de la souris porte la sacoche du jour depuis la cave par l'escalier roulant jusque dans le métro, parmi les trains qui partent et qui arrivent, puis de là par l'ascenseur dans le puits de mine culbute, trébuche et dégringole toujours plus bas le long d'un conduit de ventilation,
et hop, dans le fleuve de l'oubli.
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