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CLAES ANDERSSON
 

A ma naissance Helsinki ètait une ville moyenne
aux rues pavées.
Quelques années plus tard, la guerre éclata
Je venais tout juste d’apprendre à me taire
Des corps de vieilles dames jonchaient dans les rues
après chaque raid aérien. On tentait de nous exterminer.
Le désordre était le plus total
Une de ces nuits de massacre quand tout fut plongé
dans le noir
ma mère me porta jusqu’à la cave
Ensuite elle disparut, elle n’avais plus d’yeux
Il fit froid, humide, sombre
Me poumons me faisaient souffrir
Il y avait une port de fer qu’il ne fallait pas ouvrir
Quand je fermais les yeux la maison devenait
le pédalier d’un rouet on y pendait
tous les morts dans les caves en une longue corde
A un moment une bombe tomba tout près maman et
papa s’étreignirent pour la dernière fois
comme dans les films interdits pour les enfants
Les sirènes étaient devenues folles, elles pénétraient 
dans ma tête par mes oreilles recouvertes
Papa restait absent on évitait d’y penser
Je descendis mon chat blanc jusqu’à la cave
Nous y restâmes tant qu’il fit du vent et du vacarme
Quelqu’un trouva mon chat la tête arrachée dans une
caisse marquée Papier journal
Je le reconnus quand même, je compris qu’on
ne peut se fier à personne
Je ne versai pas une larme, je restai sec
Comme si je m’étais élevé de moi-même je me vis
couchí immobile sans tête
Je retenais mon souffle pour que mon chat revienne
tout entier
Je n’y parvins jamais
Mes poumons défaillaient, j’allais mourir bientôt
Nous habitions dans l’eau sous la croûte de glace
j’étais un enfant silnecieux, je tirais sur les rats
et je leur arrachais la tête
Respirer devenait vraiment trop pénible
Quelque chose allait et venait comme un pendule
tout au fond de l’eau
Cela me rappelait le corps inerte de ce petit garçon
en culotte de golf gelé pris sous la glace.


Toute la nuit nous avons parlé...

Quelques paroles dans la nuit...

A ma naissance Helsinki ètait...

Andersson


 
Under, 1984 
Trad. Gabriel Rebourcet