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La feuille ne coupe pas
La feuille ne te fait pas d'estafilade, ni la pièce ne devient silencieuse quand les fumées s'épaississent sur la rive et les feux s'agenouillent dans la cendre. Sur les bateaux de Christophe Colomb on entendait toute la nuit les oiseaux passer en volant, mais, ici, non, ici, tu ne trouveras pas la route des Indes. Ne comprenant pas la différence entre le dehors et le dedans, tu as peur qu'on te dérobe le cœur de ta vie. Il serait mieux que tu montres ton visage, en le pressant travers les fentes du masque. Si l'amour est difficile, commence par les plus faibles. Ne serait-ce que par les arbres, qui se dressent dans la neige comme des enfants malades, la gorge enveloppée de couvertures. Et peut-être plus tard pourras-tu passer aux plus forts? Nue dans ton propre regard, tu fais toujours le même cercle. Des joncs touffus emplissent le miroir, le thérapeute se tourne vers le mur. Le contenu d'une soucoupe de profondeur se balance d'avant en arrière, se répand contre les bords du plat. Les vagues traversent ton plumage librement, sans rencontrer de résistance. Le duvet des montagnes, la steppe des étoiles touchaient ta peau de partout quand tu as volé jusqu'ici. Ta respiration répondait au contact, le reconnaissait, elle fusait, telle des pointes de flèche de la corde d'un arc l'homme est un étrange oiseau de légende tu dors dans l'arbre les orteils bien repliés autour de toi. Pourtant les conditions de vie sont des plus favorables. L'homme-grenouille n'observe pas de la mare, dans l'arrière-cour tu ne risques pas de marcher sur une mine. Tu touches du doigt le lourd fardeau, et tu sens son poids comme une force. L'unique peut ici perdurer un peu.
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