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Oiseaux
I Oiseaux, astronautes ailés, mages égrenant dans la nuit leurs légendes et leurs scies! Il arrive au même moment trois tragiques erreurs, trois hamartia, comme dirait Aristote: la fusée vainc la force d'attraction terrestre, l'oiseau s'oriente d'après les étoiles et la configuration du sol et le solitaire parle dans son rêve, fait gémir le lit où il se tourne. L'esprit de l'homme est un formidable creuset, capable de tout engloutir, - la mosaïque de la mémoire est constituée d'innombrables éléments qui n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres. L'esprit oublie jusqu'à la pleine lune, ce qui change de forme et évolue dans les profondeurs quand leur souvenir ne lui convient pas. Munis-toi d'une bouteille d'oxygène si tu veux avoir des chances de t'en sortir, autrement tu risques de ne pas réussir à tout entendre! Il nous faut gazouiller, gazouiller notre souffle les uns devant les autres. Combien de souffrances dois-tu voir chez les autres avant de commencer à les accepter, à pardonner ce qu'on t'a fait (aussi bénin cela soit-il)? Quelque part on conserve l'étalon du pardon, précis, comme le mètre de Paris. L'oiseau de nuit conte sa légende. Écoutant le message indéchiffrable qu'il module sans s'arrêter, il me vient à l'esprit que pardonner peut se faire en écoutant, de telle façon que chacune des deux parties conte la même histoire et écoute la version de l'autre. Et si un tiers prête l'oreille? Et si les parties concernées ne racontent leur histoire qu'à des tiers? Y a-t-il encore après des gens extérieurs? II L'oiseau, aux mille sabirs, sait suffisamment parler les langues n'importe où il va. Il parle la langue des anges. Dans sa bouche on met des pièces d'or, des feuilles d'olivier, même des présages. Pourquoi à présent parles-tu tant d'oiseaux? Est-ce à cause des colombes de la paix ou des pies attirées par les objets brillants, des faucons qu'on porte sur le poignet pour chasser et qui se laissent recouvrir les yeux d'un capuchon, des pingouins qui jouent du piano ou des perroquets à qui grâce aux procédés actuels on parvient à enseigner des concepts abstraits (bientôt on pourra s'entretenir même avec les pierres)? Tu mélanges tout ce qui vole - pour la simple raison que cela vole. Tout ce qui s'élève de la poussière: se saisit du trapèze et fait un saut périlleux; se lève des vagues et frétille un instant dans l'air; s'élève de la poussière des archives et file droit à travers le vide; chausse ses souliers ailés et porte le message des dieux; fait l'amour avec les fleurs ou revient dans la main du lanceur après avoir fait une boucle. N'importe qui, n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment, du moment que cela vole. III Par chez nous on a coutume de dire, au printemps: va écouter les oiseaux migrateurs, ils ont un message pour toi. On parvient rarement plus près de l'énigme du parler en langues - du rêve de franchir librement les frontières. Étrange liberté, qui a quelque chose de sacramentel - il faut au moment opportun sortir du chemin de l'hiver tout comme, bientôt, il faudra se déplacer de Londres à Brisbane, en Australie, en deux heures, pour la seule raison que c'est possible. On vous laisse sortir et on vous exhorte: volez partout et parlez partout ces milliers de langues que partout l'on comprend. Est-ce un miracle? IV On ne nous a pas envoyés en vain dans l'espace. Nous avons aventuré nos pas dans des endroits qui ne nous regardent pas. Nos regards portent loin, et nos âmes sont petites, il y a là quelque chose de disproportionné. Notre foi, aussi, est grande, disproportionnée. Avec celle-ci on nous a envoyés faire de lointains voyages - croyant que parmi les fois il y en a de fausses et de justes. Chers Messieurs Dames, Chers Commerçants, tout ce qui est rond n'est pas forcément une noisette, et tout ce qui est oblong n'est pas forcément une banane - mais voici la perle plus précieuse que tout, la perle qui n'a pas d'égale! Vous en donnez combien? On a pu récemment prendre part à un vol spatial parce qu'on a l'œil pour apprécier cet Objet Esthétique qu'est la terre et ce qui l'entoure: le bleu marine, le noir de perdition des espaces infinis, l'iris de l'atmosphère, les plus extrêmes dimensions. Nous nous tenons par les mains, qui ne pèsent rien, et faisons des bonds énormes devant la caméra de télévision dépourvue de pesanteur. Si on ne nous avait pas envoyés dans l'espace, on aurait pu acheter à la place: x vaccins, x litres d'eau fraîche, x années de vie supplémentaires pour les habitants des bidonvilles (quelle joie pour eux). Ainsi parlent les moralistes. Mais, nous, nous devenons impuissants après les voyages immenses et les souvenirs pas traités, nous ne renonçons pas à nos idées reçues (car nous savons ce que nous serions sans elles). Nous oublions que tout le temps nous avons parlé et respiré pour nous-mêmes, vu nos propres rêves, tordu nos poignets bronzés de désespoir à la perspective que quelqu'un d'autre pourrait être choisi à notre place être envoyé dans l'espace.
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