SUOMEKSI | SVENSKA | ENGLISH | FRANÇAIS | DEUTSCH | ESPAÑOL | ITALIANO

JUHANI AHVENJÄRVI

CLAES ANDERSSON

AGNETA ENCKELL

MARTIN ENCKELL

TUA FORSSTRÖM

PENTTI HOLAPPA

JOUNI INKALA

RIINA KATAJAVUORI

JYRKI KIISKINEN

LAURI OTONKOSKI

PENTTI SAARITSA

HELENA SINERVO

EIRA STENBERG

ANNI SUMARI

ILPO TIIHONEN

ANNI SUMARI (b. 1965) has published ten books, mainly poetry. Her first book Matkakertomuksia pimeydestä (Accounts of Travels in the Darkness) appeared in 1986. In 1998 she was awarded Yleisradio’s (the equivalent of the BBC) Tanssiva Karhu (Dancing Bear) Prize. Her poems have been translated to 12 languages. She has also worked as translator, translating Samuel Beckett and Robert Antoni among others.
AN UNRELENTING POET OF IDEAS
Oiseaux 

I
 
Oiseaux,
astronautes ailés,
mages égrenant dans la nuit leurs légendes et leurs scies!
Il arrive au même moment trois tragiques erreurs,
trois hamartia, comme dirait Aristote:
la fusée vainc la force d'attraction terrestre,
l'oiseau s'oriente d'après les étoiles et la configuration du sol
et le solitaire parle dans son rêve,
fait gémir le lit où il se tourne.
 
L'esprit de l'homme
est un formidable creuset, capable de tout engloutir, -
la mosaïque de la mémoire
est constituée d'innombrables éléments
qui n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres.
L'esprit oublie jusqu'à la pleine lune,
ce qui change de forme et évolue dans les profondeurs
quand leur souvenir ne lui convient pas.
 
Munis-toi d'une bouteille d'oxygène si tu veux
avoir des chances de t'en sortir,
autrement tu risques de ne pas réussir à tout entendre!
Il nous faut gazouiller,
gazouiller notre souffle
les uns devant les autres.
Combien de souffrances
dois-tu voir chez les autres
avant de commencer à les accepter,
à pardonner ce qu'on t'a fait
(aussi bénin cela soit-il)?
 
Quelque part on conserve l'étalon du pardon,
précis, comme le mètre de Paris.
 
L'oiseau de nuit conte sa légende.
Écoutant le message indéchiffrable qu'il module
sans s'arrêter, il me vient à l'esprit
que pardonner peut se faire en écoutant,
de telle façon que chacune des deux parties conte la même histoire
et écoute la version de l'autre.
Et si un tiers prête l'oreille?
Et si les parties concernées ne racontent leur histoire
qu'à des tiers?
Y a-t-il encore après
des gens extérieurs?
 
 
II
 
L'oiseau, aux mille sabirs,
sait suffisamment parler les langues
n'importe où il va.
Il parle la langue des anges.
Dans sa bouche on met des pièces d'or,
des feuilles d'olivier, même des présages.
 
Pourquoi à présent parles-tu tant d'oiseaux?
Est-ce à cause des colombes de la paix
ou des pies attirées par les objets brillants,
des faucons qu'on porte sur le poignet pour chasser
et qui se laissent recouvrir les yeux d'un capuchon,
des pingouins qui jouent du piano
ou des perroquets à qui grâce aux procédés actuels
on parvient à enseigner des concepts abstraits
(bientôt on pourra s'entretenir même avec les pierres)?
 
Tu mélanges tout ce qui vole
- pour la simple raison que cela vole.
Tout ce qui s'élève de la poussière:
se saisit du trapèze et fait un saut périlleux;
se lève des vagues et frétille un instant dans l'air;
s'élève de la poussière des archives et file droit à travers le vide;
chausse ses souliers ailés et porte le message des dieux;
fait l'amour avec les fleurs ou revient
dans la main du lanceur après avoir fait une boucle.
 
N'importe qui,
n'importe quoi,
n'importe où,
n'importe comment,
du moment que cela vole.
 
 
III
 
Par chez nous on a coutume de dire, au printemps:
va écouter les oiseaux migrateurs,
ils ont un message pour toi.
On parvient rarement plus près de l'énigme
du parler en langues -
du rêve de franchir librement les frontières.
Étrange liberté, qui a quelque chose de sacramentel -
il faut au moment opportun sortir du chemin de l'hiver
tout comme, bientôt, il faudra se déplacer
de Londres à Brisbane, en Australie, en deux heures,
pour la seule raison que c'est possible.
 
On vous laisse sortir et on vous exhorte:
volez partout
et parlez partout
ces milliers de langues que partout l'on comprend.
 
Est-ce un miracle?
 
 
IV
 
On ne nous a pas envoyés en vain dans l'espace.
Nous avons aventuré nos pas
dans des endroits qui ne nous regardent pas.
Nos regards portent loin, et nos âmes sont petites,
il y a là quelque chose de disproportionné.
Notre foi, aussi, est grande, disproportionnée.
Avec celle-ci on nous a envoyés faire de lointains voyages -
croyant que parmi les fois il y en a de fausses
et de justes.
 
       Chers Messieurs Dames, 
          Chers Commerçants,
          tout ce qui est rond n'est
          pas forcément une noisette,
          et tout ce qui est oblong
          n'est pas forcément une banane
          - mais voici la perle plus
          précieuse que tout, la perle
          qui n'a pas d'égale!
         Vous en donnez combien?

 
On a pu récemment prendre part à un vol spatial
parce qu'on a l'œil
pour apprécier cet Objet Esthétique
qu'est la terre et ce qui l'entoure:
le bleu marine, le noir de perdition des espaces infinis,
l'iris de l'atmosphère, les plus extrêmes dimensions.
 
Nous nous tenons par les mains,
qui ne pèsent rien,
et faisons des bonds énormes
devant la caméra de télévision dépourvue de pesanteur.
 
Si on ne nous avait pas envoyés dans l'espace,
on aurait pu acheter à la place:
x vaccins,
x litres d'eau fraîche,
x années de vie supplémentaires pour les habitants des bidonvilles (quelle
joie pour eux).
Ainsi parlent les moralistes.
Mais, nous, nous devenons impuissants
après les voyages immenses et les souvenirs pas traités,
nous ne renonçons pas à nos idées reçues
(car nous savons ce que nous serions sans elles).
Nous oublions que tout le temps
nous avons parlé et respiré pour nous-mêmes,
vu nos propres rêves,
 
tordu nos poignets bronzés
de désespoir à la perspective que quelqu'un d'autre
pourrait être choisi
à notre place
être envoyé
dans l'espace.


Oiseaux

La feuille ne coupe pas

Le jardin gelé


 
Sineriaani, 2000. 
Traductions Jean-Pierre Rousseau.