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JUHANI AHVENJÄRVI

CLAES ANDERSSON

AGNETA ENCKELL

MARTIN ENCKELL

TUA FORSSTRÖM

PENTTI HOLAPPA

JOUNI INKALA

RIINA KATAJAVUORI

JYRKI KIISKINEN

LAURI OTONKOSKI

PENTTI SAARITSA

HELENA SINERVO

EIRA STENBERG

ANNI SUMARI

ILPO TIIHONEN

MARTIN ENCKELL (b. 1954) is poet, translator and visual artist. He has written several volumes of poetry and prose. He has been strongly influenced by various religions and philosophies, especially those in the Far East. He was awarded Nuoren Taiteen Suomi (Young Art in Finland) Prize in 1995.
THE BEAUTIFUL ILLUSIONS OF HYBRIS AND DESTRUCTION
KALI
 

te voici, énorme,
voilant des gouffres d’espace,
ta chevelure comme une ombre sauvagine
se ruant autour du feu indigo que tu es tout autant,
tu danses dans ta robe de bras tranchés,
et tanguant des hanches, tes seins se soulèvent,
frémissants et pesants de merveilles,
tu attends l’anéantissement
au fond de ton troisième oeil, ta pupille, ton rubis,
l’oeil dans ton ventre par dessus le croissant de lune qui luit entre tes yeux,
et tu danses, tu danses, et tu danses
devant les illusions qui sans cesse assaillent tes enfants,
et tu danses à deux pas du ravin
de ton âme,
et l’univers tremble,
et tu danses, tu aimes, avec cette longue langue saignante
entre tes seins suspendue, tes seins si lourds de merveilles

....
 

et tu es infiniment belle, tu es infiniment belle,
les boucles à tes oreilles sont des enfants morts, aux corps dorés,
tes boucles sont des cris d’accouchement,
et le collier à ta gorge est fait de cobras tressés
où sont noués les crânes de tes enfants, comme l’alphabet
qui créa le monde et embellit leur mort dans l’avenir,
tu lèves ton couperet sanglant
et triomphante tu brandis la tête tranchée du démon,
et tu fais le signe qui bénit, et tu démontres: ne crains rien,
celui qui perdra la vie pour moi, la gagnera pour toujours
....

que te voici contrainte de piéger la lumière,       
toutes les lumières, jusqu’à la dernière
source lumineuse de l’univers, dans le piège de tes cheveux, dans la tempête
autour de la paix qui est au fond de ton troisième oeil, l’oeil qui est toi,
et tu tournes ton corps et tu tournoies dans l’ombre
et tu atteins Shiva, qui t’attend, il t’attend
avec le chant de milliers d’abeille enbluette bleues,
essaim dansant, essaim chantant autour de son sexe perçant, son sexe
d’où les moussons tirent leurs vapeurs, et leurs parfums, les parfums
d’huile sainte et de jasmin,
son sexe qu’il chauffe, qu’il échauffe pour toi,
et la coquille chante dans ta pénombre,
et la coquille chante dans la jungle entre tes cuisses,
et le désir rôde alentour comme des tigresses affamées, il te guette
en tes fentes secrètes d’où coulent les serments parfumés
d’oubli, et de retours,

....

et tu danses, tu te rapproches, tu danses et bientôt tu
touches les braises rouges, tu les chevauches et tu éperonnes
Shiva dans les flammes et les remous, et tu chevauches ton bien-aimé,
traversant vague après vague, jusqu’à ce que tu chevauches une
déferlante qui se lève tel un serpent de flammes, puis enfle
d’ahan de vide en vide, jusqu’au néant le plus absolu
où tu te retrouves face à toi-même, et ton ventre
explose dans le rubis, dans la pupille de ton troisième oeil
et les sept soleils, les sept soleils se découvrent
au delà du troisième horizon du temps, ils brûlent, ils consument
chaque chose en cendre argentée, alors Vishnou paraît, juché
sur son étalon blanc, il se retourne et invite Kaliyuga
à mille fois renaître

....
 

incompréhensible, cruelle et belle, furieuse et violente, tendre et miséricordieuse,
mère
infiniment, bleu nuit
et nue, éternelle
vierge, amante incessante,
dansante et aimante, toute ouverte par dessus la mort, chevauchant
ton bien-aimé - aimant
dansant et mimant le carnage pour faire naître la vie,
tombe et ventre, insondable, amok dansante et tendre à la fois pourtant,
om - kang - kalika - namah
dansant tout à la fois
pour la mort et les naissances à venir
et je sais que je me rapproche du jour,
de l’instant où enfin,
enfin je pourrai appeler le Christ
maman



KALI

Labours

la violence invite

des silences

notre siècle il faudrait

il revient


 
Kali (Kali), 1997. 
Poèmes traduits par Gabriel Rebourcet.